Scolarité en Basse-Marche : la lutte des classes!

Parce qu’il est souvent le dernier service public de proximité, mais aussi parce qu’il est indispensable à l’avenir de nos chères têtes blondes, la scolarité est LE sujet qui rassemble et mobilise les habitant(e)s de la Basse-Marche. Si l’on en juge par les nombreuses contributions que nous avons reçues pour ce dossier, on pourrait même dire que c’est un sujet qui rend le Bas-Marchois un tantinet irritable. En effet, qu’ils proviennent d’enseignants, de parents d’élèves, d’élus ou de simples citoyens, les avis que nous avons pu recueillir ont en commun un certain agacement face à des décisions souvent jugées comme déconnectées des réalités de notre territoire. Mais c’est avant tout une très forte inquiétude sur l’avenir de la scolarité en milieu rural qui en ressort. Inquiétude nourrie par les remaniements qui, à chaque rentrée, menacent la pérennité de nos écoles de village, de nos classes de collèges et de lycées. Inquiétude nourrie aussi par le contexte national, car en dépit des promesses faites par le Président de la République , ce sont prêt de 400 écoles rurales qui ont fermé leurs portes en France à la rentrée 2019. Avec l’accord des maires certes, mais ces derniers ont-ils vraiment le choix ? Fusions, regroupements ou fermetures sèches, vous avez toutes et tous en tête des exemples, que vous les ayez lus dans la presse ou vécus à côté de chez vous.

Et pourtant, à en croire « l’agenda ruralité » récemment présenté par le Premier Ministre, nous serions devenus une priorité pour le gouvernement. Cette nouvelle posture face au monde rural s’inscrit évidemment dans la continuité du mouvement des gilets jaunes et du grand débat, dans lequel le président avait mouillé la chemise pour tenter de tisser des liens plus étroits avec des campagnes dont on le jugeait trop éloigné. Promis, on ne vous a pas abandonnés ! On va même vous cajoler. N’oublions pas, à l’heure où les candidats aux municipales construisent leurs listes, que le jeune parti présidentiel, créé ex-nihilo en 2016, a besoin de se créer une base d’élus locaux… Au diapason de cette douce musique gouvernementale, Anne Laude, nouvelle Rectrice de l’Académie de Limoges, que nous avons rencontrée dans le cadre de ce dossier, nous affirme que la ruralité est une priorité pour l’Éducation Nationale. Elle jure qu’il ne s’agit ni de fermer, ni de réduire, ni de concentrer des établissements scolaires, mais de créer de l’attractivité pour notre système éducatif rural, et par ricochet pour nos campagnes. Un service public de l’éducation qui accompagne le développement des territoires ? Nous ne demandons que ça ! Mais les décisions prises ces dernières années sur notre petit territoire, et dans les campagnes en général, nous incitent au scepticisme et à la vigilance. À Saint-Pardoux l’année dernière, les parents ont dû aller jusqu’à envahir l’école avec des moutons pour avoir l’attention du Rectorat, et obtenir enfin l’ouverture d’une deuxième classe pour répartir les 32 élèves de Maternelle. À Bellac l’hiver dernier, c’est lorsque plusieurs centaines de citoyens se sont réunis dans une salle municipale pour dire leur mécontentement que le Rectorat a finalement accepté d’accorder 7 spécialités au Lycée Jean Giraudoux, au lieu des 5 annoncées.

Vous le verrez donc à la lecture de ce dossier, le contraste entre les propos de Mme la Rectrice d’un côté, et les contributions bas-marchoises que nous publions, de l’autre, est saisissant. Cette différence de point de vue met en tous cas en évidence la nécessité d’instaurer un dialogue entre notre territoire et le Rectorat. Car jusqu’à présent, c’est presque toujours par une opposition frontale, en réaction à des décisions non concertées, qu’élèves, parents d’élève, enseignants, élus et citoyens ont plus ou moins réussi à sauver les meubles. Certes, nous ne pouvons faire abstraction des problèmes démographiques, mais tout le monde ici se démène à sa façon pour faire vivre notre beau territoire. Nous aimerions effectivement nous sentir soutenus par l’État, mais c’est souvent loin d’être le cas. Et puis, si l’on n’y prend pas garde, c’est l’un principe primordial de la République, à savoir celui de l’égalité d’accès à l’éducation, qui risque de venir s’échouer sur l’écueil démographique.

Ce journal a aussi été créé pour cela. Faire que les différents acteurs bas-marchois échangent des informations, réfléchissent et se rassemblent derrière un même objectif, celui de faire vivre notre territoire rural. Sur ces questions de scolarité, c’est d’autant plus nécessaire. Informons-nous, engageons-nous, soyons force de proposition, pour éviter que des décisions importantes pour notre quotidien ne soient prises sur un coin de bureau à Limoges ou à Bordeaux. Le Rectorat a besoin d’interlocuteurs locaux. Nous devons répondre collectivement présents ; c’est la seule façon de gagner la lutte des classes de nos enfants !

Dossier à lire dans Mefia Te n°3!

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