Masque obligatoire dans les rues de Bellac : voyage en Absurdistan

Bellac. Petite bourgade de 3.500 habitants, à peine. Concernée par l’épidémie de COVID au même titre que toutes les autres communes de France, évidemment. À l’approche du printemps, ici aussi, la vaccination avance et c’est rassurant. Mais dans le secteur, on entend encore parler de cas positifs ou de cas contacts, par ci par là. Il arrive même que dans un des établissements scolaires du secteur, on ferme une classe car plusieurs cas y ont été détectés. Par conséquent, pas de raison de prendre cette épidémie à la légère, d’autant qu’ici comme ailleurs, on a hâte de reprendre une vie culturelle, associative, sportive, sociale, amicale ou familiale digne de ce nom. Donc on ne fait pas n’importe quoi, et tout le monde – ou presque – se résout à porter le masque dans les quelques endroits extérieurs où l’on se rassemble : sur la place du champ de foire pour le marché du samedi, aux abords des commerces, des écoles, du collège, des lycées, de la médiathèque.

Vendredi 26 mars, dans l’après-midi, la nouvelle tombe : par arrêté préfectoral, le port du masque devient obligatoire à compter du 28 mars au soir dans les rues de 16 villes de Haute-Vienne, dont Bellac. Vous apprenez cette nouvelle alors que vous déambulez, seul, dans les rues désertes de votre ville. Cela vous donne une impression d’absurdie totale, et avouons-le, cela vous mettrait presque en rage.

À Mefia Te ! nous faisons tout notre possible pour promouvoir le territoire de la Basse-Marche, où nous vivons heureux. Nous voyons de nouvelles familles venir s’installer, et cela nous réjouit. Nous faisons nous-mêmes des efforts louables de procréation, contribuant ainsi au repeuplement local – et uniquement dans ce but-là, évidemment. Mais nous ne sommes pas aveugles non plus, et nous devons admettre que nous n’avons sans doute jamais eu le bonheur de voir les rues du centre-ville de Bellac bondées. Bien sûr il y a l’agitation du samedi matin, comme dans toute ville moyenne en milieu rural. Place du champ de foire, rue du Coq, rue Thiers, vous verrez du monde, c’est sûr. C’est pour cela que le masque est obligatoire sur le marché. Logique.

Mais là ? Imposer le masque dans les rues de Bellac, en permanence ? C’est à se demander si le préfet sort de son château, parfois. Autoritaire, absurde, dénuée de sens, infantilisante. Les adjectifs pour qualifier cette décision nous manquent. Le plus inquiétant à nos yeux, c’est la perte de sens. Car lorsque les citoyens lambda que nous sommes ne comprennent pas du tout les contraintes ubuesques qui leur sont imposées (prendre une contravention parce que vous marchez en couple, ou même seul, mais non masqués, rue du Coq…), c’est une pente dangereuse. Cela attise le vent mauvais du complotisme, qui fait déjà des ravages. Cela incite malheureusement certains à remettre tout en question, même les contraintes qui, elles, ont du sens en période de crise sanitaire.

Le matin même de cet arrêté préfectoral insensé, vous entendez des ados bellachons demander à leur professeur « Monsieur, quand est-ce qu’on repasse en demi-groupes, nous ? Parce qu’avec ce qui se passe, c’est stupide de continuer à rester entassés à 35 dans une salle de classe. » Et le soir même, à la mi-temps d’un match de rugby, vous voyez un ministre répondre aux questions d’un journaliste, à moins de 2 mètres l’un de l’autre, sans masque.

Comment dit-on « Ce monde est zinzin », en bas-marchois ?

La Rédaction du Journal Mefia Te !

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