Des routes et des doutes

Quelle est donc cette route qui mène à la folie ? Alors là, on va devoir vous faire une réponse de Normand, au risque de s’éloigner du territoire cher à Mefia Te ! La folie a son côté sombre, mais sans grain de folie, la vie serait d’un ennui prodigieux, non ? Depuis notre observatoire planté au bord de la Gartempe, on regarde autour de nous et on s’interroge…

Nous vivons dans un monde de fous. Il suffit de suivre l’actualité internationale, dont on ressent les impacts jusqu’ici, pour s’en rendre compte. Contraints de fuir un pays en guerre, des familles ukrainiennes ne parlant pas un mot de français trouvent ainsi refuge dans des villages du secteur. Il aura fallu qu’un doux dingue se mette en tête de traverser l’Europe pour mettre ces familles à l’abri, en pays bas-marchois ; on en parle ici, parce que cela nous touche. Et cela nous questionne, aussi : pourquoi donc ce qui est possible pour ces réfugiés ne le serait pas pour d’autres ? Ce monde ne tourne pas toujours rond, et ce ne sont pas les élections nationales qui pourront nous rassurer. Entre les candidatures innombrables, le débat faussé et l’abstention record, forcément, ce n’est pas beau à voir. Sentiment confirmé au cours d’un échange avec quelques lycéens bellachons, en âge de voter pour la première fois, comme vous le lirez ici. On aurait bien envie de leur laisser le volant de la société, à ces jeunes. Ils choisiraient sans doute une route moins insensée.
C’est une autre forme de folie qui s’empare des habitants de notre territoire lorsque vient le débat autour du projet d’autoroute A147. On se croirait dans une BD d’Uderzo : « Elle est pas belle, ma route ?!! » Et vas-y que le ton monte. Tout le monde se retrouve sur la place du village pour se taper dessus à coup de gigot d’agneau. Ils sont fous, ces Bas-Marchois. Fausse route collective ? L’État ne daignera peut-être même pas prendre en considération le contenu de ces échanges au sujet de l’axe Limoges-Poitiers. Malgré nos doutes, nous avons voulu nous pencher sur la question. Dans notre dossier, nous abordons donc la notion de désenclavement et nous revenons sur la concertation publique au sujet du projet d’autoroute, avec ses différents scénarios. On élargit aussi la focale en regardant d’autres exemples, d’autres territoires, d’autres projets, dont certains sont parfois érigés en modèle sans qu’on comprenne bien pourquoi… Heureusement, la folie a aussi son versant salvateur. Il faut être fou pour s’intéresser aux fleurs, aux oiseaux ? Nous parlons donc dans ce numéro de la primevère et du rossignol ! Il faut être fou pour disserter, en 2022, sur l’histoire de nos campagnes ? Nous parlons donc à nouveau de la mine de Vaulry et de cinq générations de médecins dorachons ! Il faut être fou pour lancer un club de rugby féminin ? Nous parlons donc de la nouvelle équipe des « Mandragores » de Bellac ! Il faut être fou pour voir en la Basse-Marche une destination de prédilection ? Nous parlons donc des Britanniques qui ont fait le choix de poser leurs valises ici ! Il faut être fou pour croire en l’avenir de ce territoire ? Nous donnons donc la parole à ceux qui, élus, étudiants architectes, etc, dépensent leur matière grise pour imaginer l’avenir de la Basse-Marche !
Et sinon, pour lancer un journal local associatif bas-marchois, vous ne pensez pas qu’il fallait pas être un peu « faou », comme on dit dans le croissant linguistique ?? N’empêche que nous fêtons avec ce numéro les 3 ans d’existence de Mefia Te ! Un peu perché sans doute, à côté de la plaque parfois, légèrement maboul par moment, notre journal a quand même tracé sa route jusqu’à présent, et ce n’est que le début. On remercie chaleureusement toutes celles et ceux qui nous ont portés jusque là. L’avenir, c’est tout droit !
Bonne lecture !

Édito, à lire dans le Mefia Te ! numéro 13

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