Le dossier de notre numéro 28 « Cultiv’actrices » étant dédié aux femmes agricultrices, il nous fallait clôturer le journal par un poème de Marcela Delpastre, paysanne et poétesse limousine. Nous avons choisi de publier sa version occitane dans nos pages, et comme la place nous manquait pour inclure la traduction en français, la voici ici !
Je vous dirais – je vous dirais le parfum de cette terre, et le goût qu’elle laisse derrière les dents,
un goût de gel, de sable et de sève… un goût de vent.
Tu es assis sur la pente d’un talus – à demi couché dans la bruyère, dans l’herbe courte qui sèche,
tu es assis là. Et les parfums de l’herbe te montent au corps,
une odeur de thym, de sève, de poussière, un parfum de soleil – l’odeur de la vie même –
une senteur de fleur amère, et tu crois sentir la terre,
jusqu’à l’âme qui te prend le cœur.
Tu sais le goût de la cerise, qui fond en eau sur ta langue, et la pomme tu la connais,
et les poires de grande chair et tout fruit tendre. Et tout ce qui se mange, et tout ce que tu bois.
Que tu crois la manger la terre, et tu la manges pour de vrai.
Tu la manges comme elle se mange, et tu en feras ton sang, tu en feras ton souffle,
au plus profond de ton corps, dans le secret des os. Tu en fais ton regard, tu en fais ta parole.
Tu en feras ton âme chaque jour.
Le goût, le vin, le vent, le parfum de la terre.
Marcela Delpastre





