Ne pas perdre le fil

Il est fragile, ce fil. Celui qui nous lie, qui fait de nous un groupe, une assemblée, une société, un territoire. Celui que l’on met parfois à rude épreuve lorsque l’on exprime nos désaccords entre amis, entre familles, entre communes, entre clans de toute sorte. Celui que l’on renforce lorsque l’on se rassemble pour construire des projets ensemble, malgré nos inévitables divergences – on apprend à faire avec. L’envie de tisser ce fil, encore et encore, ici en Basse-Marche, constitue le moteur principal du journal Mefia Te ! depuis ses débuts, il y a presque deux ans. Mais oui, il est fragile, ce fil, surtout ces temps-ci. Entre confinement, couvre-feu, distanciation sociale et autres réjouissances de cette étrange époque, c’est de façon presque lancinante que chacun s’installe dans une forme de repli sur soi. Chacun se réfugie dans son cocon. Et au fur et à mesure que les semaines et les mois passent, ce fil qui nous relie devient de plus en plus fin. Nous l’avons vécu au sein de Mefia Te ! ; les bénévoles qui font vivre le journal avaient coutume de se réunir le soir, après leurs journées de boulot respectives, pour refaire le monde (bas-marchois, bien sûr) et construire le numéro suivant. Sans interactions, sans discussions de vive voix, sans rires collectifs autour d’une table, difficile de faire avancer un projet. C’est le cas pour tout projet associatif. Et même pour tout projet tout court. 

Il est fragile, ce fil, mais dans ce genre de circonstances, nous sommes nombreux à ressentir combien il est précieux. Et c’est ce qui nous fait avancer, malgré les obstacles. Frustré, privé d’espaces de rencontres ou d’animations, notre territoire fait le dos rond en attendant les beaux jours. Mais il poursuit son chemin vaille que vaille, comme Mefia Te ! dont voici le numéro 8, conçu dans des conditions bien particulières, donc. Il n’était pas envisageable pour nous de sortir un nouveau numéro numérique allégé, par défaut, comme pendant le premier confinement. Une fois, ça suffit. Puisqu’il paraît qu’il faut apprendre à vivre avec le virus, nous nous y sommes attelés, nous avons eu besoin d’un peu plus de temps, mais au final nous sommes parvenus à boucler ce nouveau numéro papier, heureusement. Cela dit, on a quand même hâte de sortir de ce merdier et de pouvoir aller à la rencontre de nos lecteurs bas-marchois !

En attendant, quel est donc le fil rouge de ce numéro 8 ? Vous découvrirez au fil des pages que l’on y parle beaucoup de mythes, de légendes. C’est ce qui a constitué le point de départ de notre dossier. La Basse-Marche est un “terrain mythé”, les nombreux sites granitiques, étangs, forêts, etc., sont propices à l’imaginaire et de nombreuses légendes hantent nos campagnes. Des histoires de personnages légendaires aussi, qui seraient passés par ici, ou par là… Et puis de façon plus décalée, nous avons pris un certain plaisir à décortiquer la légende bien ancrée, depuis fort longtemps, du territoire enclavé ! Les légendes méritent que l’on s’y attarde, car elles disent quelque chose de notre territoire. Nous vous contons d’autres belles histoires dans ce numéro : celle du passionné qui reconstruit chez lui, à Cieux, une voiture mythique de série américaine des années 80 ; celle du collectionneur fou qui ouvre un musée de poupées dans le village de Montrol-Sénard ; celle du Château de Droux, vieux bastion bas-marchois ; celle du parler bas-marchois, qui n’espère pas vivre ses dernières heures ; celles des luthiers qui se rassemblent chaque année dans l’enceinte de Villefavard, à la recherche du son ; celle des “bals flottants” sur le Vincou, qui marquèrent les esprits bellachons au début des années 60. Et puis comme d’habitude, des articles sur la faune et la flore locale, des rêves plus ou moins éveillés, et des délires qui, nous l’espérons, feront rire certains d’entre vous…

Allez, ne perdons pas le fil ; face à la Covid, ne toussons pas, tissons!

Bonne lecture!

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